Inhumé et Exhumé Divin.



Depuis ma découverte du blog d'Eaux Cultes, j'ai replongé dans le Divin. Pas seulement dans l'Unifié, le Lumineux, mais aussi dans le Multiple, le Sombre et le Changeant. Le Divin, c'est le visage qui s'effondre en un millier de visages, c'est le visage que composent les antiques puzzles de l'Olympe, les temples de Dendérah, les encens nubiens et les champs dorés de Sainte-Sophie. 
Je suis fascinée par ces sorcières qui content leurs expériences avec la Divinité sans les conter, comme s'il ne pouvait pas y avoir de mots assez puissants. Il fut un temps, peut-être, où j'aurais pu me taire, moi aussi, quand la lune jouait à chat perché avec les ténèbres, quand l'angélus m'apportait sa fièvre sur un plateau bruni de pêches du jardin. 
J'aimerais connaître, et plus encore, cette part de moi qui dort, morne, la réveiller, la faire marcher sur les plaines tremblantes de l'Univers, pieds nus et cœur à l'aventure, prêt à aimer. 
Le Divin ne jalonne pas que la vie, il jalonne aussi l'Histoire, et si, pour bon nombre de personnes, il est avéré que ces figures s'évanouissant dans les sanctuaires ne sont que des allégories de la nature, de l'ordre du monde ou de son chaos, il en est autrement pour ceux qui tiennent dans les flancs escarpés de leurs âmes la dansante Sekhmet, l'orageuse Hécate, les foudroyants archanges.
Ne changeant pas les mauvaises habitudes, mon cerveau s'est mis en marche, avec son armée de questions : comment savoir si une divinité se manifeste auprès de nous ? Comment la reconnaître ? Comment cela fonctionne-t-il ? Doit-on être effrayé ou suspicieux ? Comment travaille-t-on avec un dieu ou une déesse ? Et enfin, le plus important : comment savoir si cela ne vient que de nous ?

Qui cherche l'infini de qui ? En qui ?
Je veux emprunter, enfin, la voie sacrée d'une relation où l'on ne sait plus vraiment qui est qui, qui fait quoi, où tout est flou, imprévisible et clair comme le cristal. Où tout est nous. 

C'est toi qui m'as tissée, qui a peint, dans la nuit de ton corps, ma pauvre solitude. C'est moi, qui, depuis l'aube, lève les yeux au ciel. Et ce regard est le fruit de Tout. 
Je t'ai donné une voix et j'ai serti ton vide. Je t'ai ressuscité avant même de te susciter. Et je t'ai engendré, toi qui m'engendres, toi qui m'enjambes, toi dont les pas laissent dans mon monde des traces scintillantes. C'est mon chant qui entoure tes naissances. 

Hekate, par Victoria Francés.

Je pense à ton visage, doucement incliné, comme un soleil. Tes rayons, tendus vers moi, sont les bras que je n'ai pas ouverts.
Quand minuit s'abandonne, quand tout se gèle en moi, quand tout appelle, quand tout est en sursis, ton voile est seul à se tordre pour moi. À travers l'occulte tenture de mes larmes, tes étoiles imaginent et tes souffles dessinent, au fusain blême de la neige, les petits elfes qui viennent sauver ma nuit.
Ton Mystère, notre Mystère...Mon Père, ma Mère, mon Enfant, qui es-tu ? Ta lumière fait changer le cours de mes rêveries. Ton ombre est sur moi, en moi et en-dessous de moi, partout où je saurais aller, nulle part où je ne saurais vivre.
Ma Reine, mon Moi, mon Animal, viens à moi, avec la douceur d'une phalène prête à mourir dans la main d'un géant de granit. 
Enceinte du feu éternel, mon eau qui tournoie dans ta tête parfois vide, ton air enchanté qui nourrit ma poitrine, ta joie dans ma joie, ta peine dans ma peine. Ton cœur où tout finit, enfoncé, comme Excalibur, dans le rocher d'une vie jamais acquise, jamais perdue. 
Je t'appelle, j'appelle ta vacuité, tes gestes et tes rêves. L'encens que je brûle te commémore, le lait que je verse t'ensorcelle. Le vin que je bois te fait Verbe, le pain que je mords te ramène. 
Alors, sois pour moi l'Inhumé, l'Exhumé, le Divin et l'Humain. Sois la chair d'or et les os d'argent, sois l'invisible et le dénuement. Prononce mon nom, accouche de mon être, égare les clefs de ta respiration dans la mienne.


Je me souviens de ce que disait l'un de mes professeurs : ce qui compte, ce n'est pas de savoir si Dieu existe, mais si Dieu insiste.

Si tu n'es pas dans les forêts battantes de mon cœur, comment te trouver dans le monde ?
Dénoue ta magie, ton amour et tes lyres dans mon sang. Frappe-moi dans les tripes, là où la lumière ne fait jamais semblant. Rêve-moi dans ta sève. Inhume-moi. Exhume-moi. 


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