La Femme Mystique : Prêtresse du Soleil Noir.



La Grande Prêtresse par Ian Daniels, Tarot des Vampires.


"Si la nuit est pour vous ce temps de trêve et d'inconscience qui va du crépuscule du soir au crépuscule de l'aube, et si elle cesse pour vous avec le jour, elle est ma conscience même et n'a pour moi pas de fin... Parce que je suis une femme, condamnée à vivre l'envers de toute spiritualité, il me faut pour subsister glaner dans les ténèbres les déchets que rejette l'esprit, porter éternellement le deuil de la pensée.
Si je vous parle, ce n'est pas depuis une conscience lumineuse, mais depuis cette région de l'âme tissée de nuit et d'épouvante où la pensée n'est plus la marque d'une richesse intérieure ou d'une supériorité morale, mais la trace humiliée d'une misère spirituelle si grande qu'elle fut toujours occultée, misère d'autant plus grande qu'elle ne sait pas son nom et qu'elle est faite précisément de l'ignorance de sa propre malédiction." 

Cette introduction de la magnifique Nuit Spirituelle de Lydie Dattas décrit bien la souffrance de la Femme refoulée au tréfonds de son propre néant. 
Mais je ne crois pas aux malédictions. Je crois au monde, aux actes de ceux qui s'y trouvent. 
Je ne crois pas à la misère spirituelle de la Femme. Je crois en l'étouffement de cette spiritualité, tout comme je crois en son potentiel de résurgence.

Depuis que la conscience est reine, la Femme a perdu sa couronne.
L'Homme a pour lui la chaleur des jours, le droit de l'éclat. Une main d'or dans un gant de guerrier.
L'Homme peut questionner librement sa vie et sa mort. Les questionne-t-il précisément parce qu'il ne peut les comprendre, je dirais même les ressentir ?
Je commence à croire que cette compréhension intuitive et émotionnelle est le privilège (et aussi le malheur) de la Femme, raison pour laquelle elle fut refoulée si longtemps par l'Adam souffrant et peut-être envieux.
Je commence à croire que cette image de tentatrice et de tentée qui colle à la peau de la Femme est une tentative désespérée de saisir l'insaisissable en le rabaissant, en lui donnant une contenance compréhensible et explicable. 
Faire entrer la Femme dans la matière, faire entrer ce corps féminin dans la fatalité puisque son mystère n'est pénétrable qu'une fois humilié. 
Pas d'or pour ma Soeur, donc, car elle est d'argent. Le métal froid du serpent. Une poitrine gelée qui ne loge que l'inconscience.

Toi, l'Enceinte Éternelle, couchée dans ton lit de silence, prise dans ton tissage, tu rêves d'étendues plus lumineuses qu'un champ de Mars. 
Émasculée spirituelle.

Ce soir, je voudrais te parler de la Grande Prêtresse, arcane majeur du Tarot. 
Elle représente le caché, l'inconscient, l'intimité entre soi et soi, l'océan noir du monde intérieur qui ne peut être exploré que par celle qui le contient, qui ne peut être exprimé. 
Elle est le secret guérisseur. 
La Grande Prêtresse est l'archétype de la Mère Primordiale. Elle n'est pas, contrairement à l'Impératrice, autre arcane majeur, la Mère-Terre, la fécondité incarnée, celle qui offre à ses enfants l'abondance du monde matériel, non, elle est la Mère Morte-Vivante, désincarnée, le facteur ésotérique de la créativité, la transformation première. Elle est le grand chaudron originel, l'étincelle de la nuit, l'immense calice des ténèbres lumineuses, le sexe des étoiles enchâssées dans l'espace. Elle est l'obscure fertilité de l'âme, la blancheur fantomale de l'Univers, la simple venue à la vie, le simple chemin vers la mort, et entre ces deux piliers de rêve, elle nourrit le mystère éternel de l’Être.
Elle accouche de l'Esprit, elle le reprend en son sein, et le sens de tout, et la lumière de tout, et l'anéantissement de tout se trouvent en elle.

Et si la vie était un rêve dont la Femme détenait la clef ? 

Mais parle, toi qui erres dans les abysses, dans le sombre, dans les profondeurs qu'ils ne peuvent pas atteindre.
Parle, toi dont l'apocalypse étreint le sein, toi dont la vie perce les hanches. 
Parle, ne sois plus refoulée. 
Agis, sois magicienne, sois reine, sois ce qui leur fait si peur.
Dans ton ventre la vie et la mort s'animent et s'aiment. Dans ton utérus la mémoire cosmique s'enroule et se déroule. Un abîme où cohabitent la flamme inavouée, le sang et la Faucheuse.

Je t'écris sur cet archétype de la claire ténèbre, sur cette Mère Primordiale, sur cette Grande Prêtresse, sur l'Isis qui a fait parler le Soleil avec ses venins les plus sombres, pour te dire ceci : nous, Femmes, ne sommes pas dans la misère. Au contraire ! Plongeons en nous-mêmes, et découvrons la puissance de notre Soleil Noir. 

"Ôte-toi de ma nuit", diras-tu doucement, à l'instar de Dattas, à ceux dont les paroles seront fielleuses, dont les actes seront stérilement raisonnables, stérilement ordonnés, stérilement religieux, stérilement accablants. Sois enfin toi-même. Laisse-toi initier par ta propre magie.

À l'impossible nous sommes tenues.

Lilix.

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