L'inlassable route.
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| Gandalf par John Howe |
"La route se poursuit inlassablement
Descendant de la porte où elle commençait.
Maintenant, loin en avant la route est parvenue,
Et je dois suivre, si je le puis,
La poursuivant d'un pied las,
Jusqu'à ce qu'elle rencontre quelque voie plus large
Où maints sentiers et courses se rencontrent.
Et où, alors ? Je ne saurais le dire."
- Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau.
Quand je rentre chez moi, le soir, battant de ce même pied las mes sentiers personnels, j'ai cette impression, et même cette sensation folle : la nuit n'appartient qu'à moi seule.
Cette sensation n'est pas un privilège exquis, elle ne me rend pas positivement différente. Elle est de l'ordre du cauchemar, et non du rêve. Oui, j'ai prêté, à une certaine époque, des mystères aux ombres, des mystères avec lesquels j'ai joué de délicieuses parties de cache-cache. Tour à tour fuyante ou appelée, j'ouvrais ma fenêtre et respirais la fumée d'une cheminée lointaine, me tournais vers la forêt divaguant dans des brumes de tourmaline. C'était mon infini à moi qui se peignait dans les étoiles, ma question à une réponse improbable mais confiante.
Mais désormais, la route se poursuit, comme le dit ce poème de Frodon, et elle porte en elle les ornières du deuil, le bourbier de la mort.
Penser à la mort est une chose, mais la toucher en est une autre. Ou, devrais-je écrire, être touchée par elle, c'est autre chose. Un drôle d'état de grâce, qui laisse place, dans le temps, à l'horreur la plus absolue, à la terreur la plus répugnante qui puisse exister. Si, vous aussi, vous avez égaré un être dans un endroit où vous ne pouvez plus l'atteindre, si vous l'avez enterré, si vous avez cru qu'après l'adieu, ce qui devait être fait le serait, mes écrits peuvent peut-être résonner en vous.
Alors, je marche, chaque soir, au crépuscule ou dans la nuit, et j'observe au loin, ou près de moi, d'ailleurs, les petites maisons, les lueurs aux fenêtres. Je devine les foyers, la chaleur humaine. Parfois, le vent me ramène le chant d'une église qui compte, du bout de ses doigts rocailleux, dix-neuf heures, vingt heures...qu'importe. La chaleur semble définitivement m'avoir quittée. L'angélus, que j'aimais tant, ne m'apporte plus aucun réconfort. J'ai, parfois, quelques sursauts d'une très ancienne extase, mais, pour le reste, je me tiens seule dans la nuit, au bord d'elle, au bord de moi-même.
Cette certitude, cette sensation désormais innée d'être loin, si loin de tout, est la pire des blessures. Je suis l'étrangère, pas celle de Camus : celle de personne. Je songe à ceux qui ont fui hâtivement les ombres, quittant leurs lieux de travail pour retrouver, vite, vite leurs foyers, les feux où les poussent leurs cœurs. Dans ma tête, je sculpte, grossièrement, j'en suis sûre, comme un mauvais tailleur de pierres, leurs rires, leurs paroles, leurs faits et gestes, une fois la nuit franchie et la lumière du nid trouvée.
La vérité, c'est que je me sens expulsée de la vie quotidienne (la mort fait cela, j'imagine : elle expulse de la vie), des autres, de ce bonheur parfois estimé à tort ennuyeux. Moi, j'ai ma créativité, mon originalité, mes fichues questions existentielles : mais ces autres ont une vie au-dedans, une sorte de lumière qui s'ancre dans le port de l’existence, et qui ne bougera pas. Tout simplement, de la substance. De la chaleur.
Je n'ai que le dehors en moi : mon âme contient le monde entier, sa solitude, son silence, son aveuglement et son indifférence. Mes rages, mes peines, mes doutes, s'ils m’appartiennent, fusionnent avec l'impuissance vertigineuse de la nuit, finissant par ne plus m'appartenir du tout. C'est un cercle qui ne cesse de tourner sur lui-même, de se tordre, de s'emmêler. Je suis l'ermite explosif, l'ascète noire gavée de sang. Quand je regarde la lune, elle me tend un miroir que j'aimerais éclater par terre.
Je n'ai que le dehors en moi : mon âme contient le monde entier, sa solitude, son silence, son aveuglement et son indifférence. Mes rages, mes peines, mes doutes, s'ils m’appartiennent, fusionnent avec l'impuissance vertigineuse de la nuit, finissant par ne plus m'appartenir du tout. C'est un cercle qui ne cesse de tourner sur lui-même, de se tordre, de s'emmêler. Je suis l'ermite explosif, l'ascète noire gavée de sang. Quand je regarde la lune, elle me tend un miroir que j'aimerais éclater par terre.
Je n'ai plus rien, je ne suis plus rien, même pas une ombre : les ombres ont du sens. Je suis ce qui hurle, se faisant entendre de la mauvaise manière. Je suis le silence déchirant d'une solitude obligatoire.
Pourquoi écrire cet article, sur ce blog qui parle de spiritualité ? Le chemin de l'éveil spirituel est sinueux, la route est longue, le sentier est baigné de ronces et d'animaux étranges. Je chemine, et je n'ai rien atteint. Ce chemin est la raison même de ce blog. C'est cette route que je m'efforce de suivre d'un pied las, c'est cette voie vers l'inconnu que j'ai envie de plaquer chaque fois qu'une horrible pensée survient, chaque fois que la fatigue me gagne, chaque fois que je ne suis jamais moi-même. Je suis en miettes mystiques. Et la mystique attend de recoller les morceaux. Pour qu'apparaisse, comme le dit une chanson que je vénère, "changé en perle, ce vieux monde calcaire."
Cette route, je me dois de la poursuivre comme un gibier chasse sa proie, espérant, s'épuisant, reprenant des forces, courant à perdre haleine. Je suis comme Frodon ou un jeune Gandalf, sentant que quelque chose m'a été transmis et que je dois, presque malgré moi, prendre mon bâton de pèlerin, quitter le confort d'une vie prévisible, ennuyeuse (et bien triste) pour découvrir le monde, ses terres sauvages et inconnues. Où cela va-t-il me mener ? Je n'en sais rien. Il y aura sûrement quelques détours par le Mordor, mais j'espère bien apercevoir, comme une rédemption dans l'aube, la Montagne Solitaire, puis plonger dans la grave Moria, comme dans une mer de roc et de runes. Savourer la douceur de Fondcombe, et, finalement, marcher, pieds nus, blanche dans la nuit d'été, entre les mallyrn de la Lothlórien.
Ma vie, son sens primordial, coule de "ces histoires qui signifiaient tellement", de ces légendes qui m'ont donné mon cœur et mon âme sur un plateau d'argent...et surtout de lumière. Je dois les faire naître à mon tour.
Les Légendes sont Vérité.
Pourquoi écrire cet article, sur ce blog qui parle de spiritualité ? Le chemin de l'éveil spirituel est sinueux, la route est longue, le sentier est baigné de ronces et d'animaux étranges. Je chemine, et je n'ai rien atteint. Ce chemin est la raison même de ce blog. C'est cette route que je m'efforce de suivre d'un pied las, c'est cette voie vers l'inconnu que j'ai envie de plaquer chaque fois qu'une horrible pensée survient, chaque fois que la fatigue me gagne, chaque fois que je ne suis jamais moi-même. Je suis en miettes mystiques. Et la mystique attend de recoller les morceaux. Pour qu'apparaisse, comme le dit une chanson que je vénère, "changé en perle, ce vieux monde calcaire."
Cette route, je me dois de la poursuivre comme un gibier chasse sa proie, espérant, s'épuisant, reprenant des forces, courant à perdre haleine. Je suis comme Frodon ou un jeune Gandalf, sentant que quelque chose m'a été transmis et que je dois, presque malgré moi, prendre mon bâton de pèlerin, quitter le confort d'une vie prévisible, ennuyeuse (et bien triste) pour découvrir le monde, ses terres sauvages et inconnues. Où cela va-t-il me mener ? Je n'en sais rien. Il y aura sûrement quelques détours par le Mordor, mais j'espère bien apercevoir, comme une rédemption dans l'aube, la Montagne Solitaire, puis plonger dans la grave Moria, comme dans une mer de roc et de runes. Savourer la douceur de Fondcombe, et, finalement, marcher, pieds nus, blanche dans la nuit d'été, entre les mallyrn de la Lothlórien.
Ma vie, son sens primordial, coule de "ces histoires qui signifiaient tellement", de ces légendes qui m'ont donné mon cœur et mon âme sur un plateau d'argent...et surtout de lumière. Je dois les faire naître à mon tour.
Les Légendes sont Vérité.



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