L'oracle du Cirque Divin : granité d'ombre et de lumière.
"Comme à l'entrée d'une boucherie chevaline, une tête de cheval ailée éclaboussait d'or frais chaque vomitoire. La pourpre se ruait dans les coulisses comme le sang dans le cœur. Dans le couloir circulaire enflammé de miroirs dorés, la pression artérielle de Dieu était à son maximum. La ronde inquiétante des tigres dotait le cirque d'une ceinture de feu orangé. L'écurie aux boxes fracassés de paille jaune, le bar inondé par le Niagara des lustres, les loges laquées de rouge, avec, gisant sur une chaise, la dépouille pailletée d'un costume encore fumant — tout gueulait la volupté. Je subissais le sort de l'ouvrier métallurgique tombé dans une cuve en fusion. Pour connaître l'éveil spirituel certains font le voyage aux Indes : j'allais au Cirque Rimbaud."
Quelle meilleure introduction que cet extrait de La foudre de Lydie Dattas, roman narrant la rencontre de la poétesse dans son abri d'ivoire avec Alexandre, poète inavoué, poète de la vraie vie, celle que l'on trouve sous le chapiteau ? Un arrière-goût prononcé de Dieu, les couleurs et les odeurs éclatant comme le tonnerre, les sens se multipliant, se chevauchant, s'alertant les uns les autres. Lydie a troqué un peu de son âme "pensante" contre l'âme fauve de son amant. N'est-ce pas cela, le Divin ? N'est-ce pas cet élixir aux ingrédients d'esprit et de sang ? N'est-ce pas l'immuable "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas" ?
Foudre, oui, voilà bien un mot qui pourrait convenir à l'oracle du Cirque Divin. La foudre qui éclate, laissant tout le monde pantois : en effet, on trouve de tout dans ce magnifique jeu, pas seulement des dompteuses, des arlequins sacrés ou des sucettes à la fraise éternelle. Entre les corridors rouges que forment les bords des cartes s'alignent des anges, des reines, des guerrières...De l'Égypte au carrefour de la Chrétienté, le jeu nous fait faire le grand tour de piste.
La vie est un cirque divin : ainsi va la démarche d'Alana Fairchild, la créatrice du jeu. Pour ma part, j'ai toujours été fascinée par l'imagerie du cirque, celle qui réveille mon enfant intérieur : souvenir du camion tempêtant, dans les rues de ma ville, l'arrivée de l'arène magique, et puis la chaleur d'une fin de printemps sur ma nuque de gamine, l'odeur de foin inoculée à celle du caramel, la musique grotesque qu'on accueillait depuis les gradins, en riant, en riant...Ensuite, j'ai grandi. J'ai commencé à voir d'un œil adulte les fauves tourner en cage, les éléphants dans leur savane de métal, me découvrant, au même moment, une terreur pour les clowns. Adieu donc, cher cirque. Adieu à mon cœur.
Je ne pouvais m'empêcher, cependant, de contempler d'un air rêveur, chaque fois que je rendais visite à ma grand-mère, un tableau de Picasso, Acrobate et Jeune Arlequin. J'y trouvais, et j'y trouve encore, une finesse, une sensibilité proches du Divin. Sous les chapeaux à grelots, les têtes des funambules invoquaient le droit de marcher sur l'enfance éternelle, ce fil rouge, intransigeant et net. Une spiritualité inédite s'invita en moi, et je suivis les silhouettes frêles de Picasso, sous un ciel de fée, dans un endroit où le ridicule bestial n'était plus qu'un mauvais souvenir. Les pierrots mélancoliques avaient, en leurs âmes, la grâce déliée des serpents de Méduse purifiée : d'autres animaux, une manière différente de les envisager.
Et c'est un peu ce que nous montre cet oracle. Au détour d'un luth tzigane, c'est tout un monde riche, délicat et puissant, qui vient à nous. C'est l'Univers lui-même qui se manifeste, peint sous les traits d'Alice au pays des merveilles, du Dieu Râ, d'une impératrice des neiges, d'une fana de chamanisme ou d'une mordue de steampunk...La liste est longue : elle est celle de la vie, de l'Histoire, des mythes et des contes, et des rôles que nous jouons, avec plaisir ou non, à travers les masques infinis de notre humanité.
Le cirque est un univers de couleurs, et les couleurs oscillent entre le noir et le blanc. C'est le bazar fauve de la vie, entre chien et loup, entre lumière et ombre qui se profile ici. En cela, cet oracle est un sérieux atout : il est tout en nuances et en diversité. Il transmet l'universalité nécessaire à qui veut cheminer sur les voies spirituelles. Comme toujours, Alana Fairchild place l'Amour au cœur de son œuvre, avec, en prime, des astuces de guérison. Cela en fait un jeu solide, qui nous relie à l'enfant intérieur, à l'adulte qui cherche sa place dans la société, mais aussi aux formes éthériques de nos origines les plus...originelles, et originales ! D'ailleurs, preuve que le jeu fonctionne : de nombreux artistes ont collaboré à ce projet, de Maxine Gadd en passant par Mélanie Delon, et rien ne dénote, ne sonne faux.
Les cartes forment un panel mystique, où blessures humaines et amour divin se complètent, s'entremêlent. Êtes-vous prêts pour ce numéro d'équilibriste spirituel ?
L'oracle du Cirque Divin possède l'énergie masculine du chiffre cinq, qui est, pour moi, son maître-nombre : on sent bien cette volonté de connexion au Divin, de même que cette indépendance farouche qu'il prône, caractéristiques inhérentes au cinq. Ce jeu s'inscrit donc dans la lignée d'une rébellion spirituelle indispensable : quoique vous fassiez, soyez toujours la version la plus véritable et délurée de vous-mêmes. Mort aux vaches qui s'y opposent !
L'oracle est disponible ici







Commentaires
Enregistrer un commentaire